UNIVERSITÉ AZAD ISLAMIQUE
Branche centrale de Téhéran
Faculté de Langues Etrangères-Département de français
MÉMOIRE 
En vue de l’obtention de la maîtrise
En Langue et Littérature Françaises
Sujet :
Le journal et la fiction dans les œuvres d’André Gide
Sous la direction de :
Mme Le Docteur Chahrzad Makouї
Professeur conseiller :
Mme Le Docteur Leila Ghafouri
Présenté par :
Mahchid Mirmohammadi
Année universitaire
2015
Au nom de Die
Je dédie ce mémoire :
– A mes professeurs qui m’ont beaucoup appris.
– A mon père, à ma mère, qui m’ont éclairé le chemin et qui m’ont encouragée et soutenue tout au longe de mes études.
– A mes sœurs : Shiva et Somayeh
Remercier:
Mes remerciements les plus sincères à toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à l’élaboration de ce mémoire ainsi qu’à la réussite de cette formidable année universitaire.
Remerciements au directeur du mémoire :
A madame le Docteur Chahrzad Makouï pour avoir contribuée à la réflexion lors de l’élaboration du mémoire et pour le partage de son enthousiasme.
Remerciements au professeur conseiller :
A madame le Docteur Leila Ghafouri pour le partager de ses connaissances.
Remerciements à ma famille :
A mes parents pour leurs soutiens et leur encouragement.
Résumé :
Dans ce mémoire, nous allons étudier le journal et la fiction dans les œuvres célèbres d’André Gide(les cahiers d’André Walter, La Symphonie pastorale, La Porte Etroite, Les Faux-Monnayeurs, L’Ecole des Femmes). André Gide se confond son journal intime avec son imagination et son rêve. En effet, nous allons présenter que comment André Gide a utilisé de ses mémoires privées dans ces œuvres. La plupart de ses œuvres ont été écrit pour deux raisons, la déclaration d’amour à Madeleine et l’étude des conflits intérieurs qui aboutissent parfois à un narcissisme.
Sommaire
Introduction ………………………………………………………………………………..1
Chapitre I- Journaux et (ou) Fictions
I-1-Le journal d’adolescence (Les Cahiers d’André Walter)…….11
I-2-Le journal avec la date fictive (La Symphonie Pastorale)…..19
I-3-Le journal jeunesse (La Porte Etroite)………………………27
I-4-Le journal dans le journal (Les Faux-monnayeurs)…………34
I-4-1-Le Journal Edouard………………………………….35
I-4-2-‹‹Journal des Faux-monnayeurs››…………………..43
I-5-Le journal à la voix féminine (L’Ecole des femmes)……….. 47
Chapitre II- Les doubles de Gide
II-1-Walter et Allain : l’image et la bête (Les Cahiers d’André Walter)……………………………………………………..…….59
II-2-Un texte autobiographique de Gide (Les Faux-Monnayeurs)……………………………………………………………….…… 68
II-2-1-Boris : double enfantin de Gide…………………….72
II-2-2-Édouard : double adulte de Gide……….………….76
II-3-Le pasteur : un homme banal (La Symphonie Pastorale)…..82
II-4- Jérôme : victime d’Alissa (La Porte Etroite)…………..….86
Chapitre III-Etude des personnages réels et fictifs féminins dans l’œuvre romanesque de Gide
III-1-Double de Madeleine : Emmanuèle (Les cahiers d’André Walter)…………………………………………………….90
III-2-Alissa une autre Madeleine (La Porte Etroite)……………..100
III-3-Amélie au le mystique orient (La symphonie pastoral)…..109III-4- Les honnêtes femmes : Laura et Rachel Vedel, Pauline Molinier (Les Faux-Monnayeurs)………………112
III-5-Eveline une femme fictive (L’Ecole des Femmes)………118
Conclusion…………………………………………………………….123
Bibliographie …………………………………………………………129
Introduction
Qu’est-ce qu’un journal ? Le mot nous dit que c’est une écriture au jour le jour : une série de traces datées. Le journal n’est pas seulement un genre littéraire, c’est une manière de vivre. Le texte n’est qu’un moment, capital certes, de ce va et vient entre l’écriture et la vie. En fait, Un journal intime (ou personnel) est un texte rédigé de façon régulière ou intermittente, présentant les actions, les réflexions ou les sentiments de l’auteur. Ses entrées sont habituellement datées qui ont la forme chronologique. Il peut être tenu de façon plus ou moins régulière au long d’une existence ou seulement sur une période particulière : maladie, guerre, deuil, problèmes familiaux… Comme pratique ordinaire, il est en général destiné à être gardé secret, temporairement ou définitivement. Comme pratique littéraire, il est souvent destiné, à plus ou moins court terme, à une publication partielle ou totale. D’après Roland Barthes, le journal est « l’exercice écrit de la subjectivité la plus pure, la plus libre, se refusant par nature à toutes codifications de l’œuvre.»1
Pour désigner l’auteur d’un journal intime, Michèle Leleu2 a proposé en 1952 le terme « diariste », à la fois emprunté à l’anglais diariste et reformé sur le vieux mot français « diaire » qui était utilisé comme nom (au sens de « livre de raison ») au XVIe siècle, et comme adjectif jusqu’au XIXe. Le journal se caractérise par le fait que le diariste se place en retrait des autres, séparé de la société et même de ses proches. La position typique est celle de Maine de Biran le 25 décembre 1794 : « Je suis seul, près de mon feu, retenu dans ma chambre par un froid très piquant survenu dans la nuit […]. Puisque je n’ai rien de mieux

1. Roland Barthes, “Alain Girard : «Le Journal intime»” in Œuvres complètes, t. II, Seuil, 1994, p.56.
2. Michèle Leleu, Les Journaux intimes, PUF, Paris, 1952, p. 28-29.
à faire, que je suis incapable en ce moment de me livrer à aucune étude suivie, il faut que je m’amuse à réfléchir sur ma position actuelle, sur l’état de mon cœur, dans cette époque de ma vie… » Certains diaristes, comme Benjamin Constant, vont jusqu’à le rédiger dans une graphie cryptée pour que les lecteurs éventuels ne puissent pas le déchiffrer. L’enjeu de ce retrait est la liberté d’écriture que s’octroie le diariste : il est possible de tout dire dans le secret du journal puisque ce qui est écrit n’est pas, à priori, destiné à une communication sociale. Tous les sujets se retrouvent donc dans les journaux : les spectacles de la nature, les comportements des hommes en société, les événements du quotidien, la situation matérielle du diariste, et surtout ses mouvements intérieurs : les sentiments qu’il éprouve pour autrui, les interrogations identitaires et existentielles qui sont les siennes, les admonestations à modifier son comportement qu’il se fait à lui-même…Le diariste se prend lui-même comme objet d’observation, d’enregistrement, d’analyse et de jugement. De ce fait, l’interrogation sur son identité, sur l’existence et sur la mort est souvent en arrière-plan du discours intime. Le diariste se demande, pour reprendre le titre d’un des volumes de journal de Julien Green, « Pourquoi suis-je moi ? », ou comme Henri-Frédéric Amiel encore : « Je ne sais vraiment plus pourquoi je vis ». Mais il ne faudrait pas en déduire que le journal n’est qu’un ressassement mélancolique, d’une part parce qu’il comporte évidemment de nombreux récits de moments heureux ou poétiques, d’autre part parce qu’il tend aussi à transcrire « la musique intérieure des choses, ce qui a résonné sur le timbre mystérieux de l’âme ou dansé dans l’intelligence ».
Le journal est rédigé de façon intermittente et sans intention autre que celle de rendre compte du temps écoulé depuis la notation précédente, ou de rapporter des réflexions au présent. En cela, le journal se différencie de l’autobiographie qui est organisée par un projet d’écriture de soi rétrospective et a pour objectif de narrer son existence de façon continue avec une visée totalisante. Le journal tient en quelque sorte la comptabilité des jours qui passent. La date qui ouvre chaque entrée (c’est-à-dire le texte d’un jour) désigne le moment de l’écriture à partir duquel le diariste appréhende son existence et le monde – et ce moment, ce point de vue se déplace avec le temps. La suite des notations constitue « une espèce d’histoire » de soi, comme l’écrit Benjamin Constant qui ajoute : « j’ai besoin de mon histoire comme de celle d’un autre pour ne pas m’oublier sans cesse et m’ignorer ». Le journal est le double écrit de l’existence qui, sans lui, tombe dans le passé et glisse dans l’oubli.
En effet, le journal est à la fois une pratique ordinaire et un genre littéraire. Il apparaît sous sa forme moderne à la fin du XVIIIe siècle dans le milieu bourgeois qui voit la promotion de l’individu dans la société post-révolutionnaire1. Au XIXe siècle, tous les journaux intimes sont posthumes.
De nos jours, d’après les statistiques du ministère de la culture, environ 8 % des Français tiennent un journal personnel ou notent leurs impressions ou réflexions2, ce qui montre que la pratique de l’écriture de soi intermittente est loin d’être marginale.
1. Alain Corbin, Histoire de la vie privée. Tome 4, De la Révolution à la Grande Guerre, Seuil, ‎ 1987 (ISBN 2-02-008987-4), p. 423.
2.[http:// http://www.autopacte.org/Statistiques.html [archive]].
Une enquête de Philippe Lejeune, réalisée entre 1987 et 1988, en a précisé les modalités1. Le développement d’une association comme L’Association Pour l’Autobiographie, qui recueille tous les textes autobiographiques depuis le début des années 1990, est un signe de l’importance de cette pratique et de la valeur qui lui est accordée par ceux qui s’y livrent. Toutefois, la forme reconnue du genre reste celle des journaux d’écrivains ou d’intellectuels : Maine de Biran, Benjamin Constant, Stendhal, Jules Michelet, Henri-Frédéric Amiel, Edmond et Jules de Goncourt, Marie Bashirtseff, Léon Bloy pour le XIXe siècle, et Paul Léautaud, André Gide, Valéry Larbaud, Julien Green, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir etc. pour le XXe. On ne peut pas dire pour autant que la forme du journal soit figée : le genre est très plastique ; les variations entre les journaux et entre les époques sont importantes. Mais ces quelques grands textes tendent à faire oublier que la pratique est beaucoup plus large que ce qu’on en lit habituellement et que de nombreux journaux inconnus ou moins connus méritent la lecture.
Le journal est ʺà priori ̏ un texte qui n’est pas destiné à être lu par autrui – au moment de l’écriture au moins. Pourtant, nous lisons des journaux, soit parce qu’ils ont été publiés après la mort de leur auteur, soit parce que celui-ci l’a publié, de façon partielle ou intégrale, de son vivant. On peut croire que toute lecture du journal non voulue par l’auteur est une effraction ; on s’aperçoit toutefois que les diaristes ont souvent, et dès les premiers textes qui ont été conservés, envisagé une
1. Philippe Lejeune, La Pratique du journal personnel. Enquête, Université de Paris X, 1990.
lecture extérieure : Restif de la Bretonne débute ses Inscriptions comme un prolongement de Monsieur Nicolas1, Benjamin Constant observe qu’on écrit toujours « pour la galerie » , Amiel espère que ses exécuteurs testamentaires tireront un ou deux volumes d’extraits des 17000 pages de son journal intime. Et Barbey d’Aurevilly fait paraître dès 1856 ses premiers Memoranda avant que Léon Bloy ne publie le sien par volume à partir de 1898. C’est sans doute que l’écriture secrète est plus ambivalente qu’on ne veut bien le penser souvent. D’une part, écrire sur soi est toujours une manière de transcender son expérience par le discours, de faire de son existence une histoire. Le journal, comme tout écrit autobiographique, est une forme de littérarisation de son existence. D’autre part, l’écriture intime vise, comme, encore, toute écriture autobiographique, à dénoncer une injustice, à rétablir une vérité, à « justifier sa vie » comme l’écrit Julien Green2. Et en tant que telle, l’écriture judiciaire suppose un lecteur bienveillant. On peut penser que si un destinataire est explicitement dénié au journal, un lecteur est toujours secrètement espéré et qu’il pourra le comprendre intimement. Le temps sert pour cela de filtre imaginaire permettant d’écrire. Si au présent le diariste ne peut pas envisager de lecteur, il peut espérer être reconnu dans un autre temps.
1. Voir l’introduction de Pierre Testud à son édition de Mes Inscriptions, éditions Manucius, 2006.
2. Voir sur ce point Gisèle Mathieu-Castellani, La Scène judiciaire de l’autobiographie, PUF, 1996, et sa transposition au journal par Michel Braud dans La Forme des jours, Seuil, 2006, p. 2
Dans la littérature française, le récit sous forme de journal, « roman-journal » ou « diary novel », remonte au XIXe siècle). Bien que ce procédé ne présente aucune nouveauté à l’époque de Gide, l’importance pour l’écrivain de cette forme si fréquemment adoptée est indéniable, comme le dit Alain Girard : « En définitive, il ne semble pas exagéré d’avancer que sans le procédé du journal, et sans le journal, l’œuvre de Gide, sinon sa personnalité même, sont inconcevables. » Dans la liste des romans-journaux français), la prédilection de Gide pour la narration journalière ne peut échapper à notre attention. Bien qu’il considère le « récit » de la narration à la première personne comme un déclassement du roman, Gide adopte de manières variées la forme de journal dès le début jusqu’à la fin sa carrière d’écrivain.
André Gide s’est attaché toute sa vie à l’enregistrement de sa propre histoire. Non seulement il nous a laissé un journal gigantesque mais aussi il a fait tenir un journal intime à un grand nombre de ses personnages fictifs: André Walter, Alissa dans La Porte étroite, Edouard dans Les Faux-Monnayeurs, Eveline dans L’Ecole des femmes et d’autres encore.
On sait que Gide déclare avoir tenu son journal intime à l’exemple d’Amiel des sa quinzième année et en avoir versé maintes pages dans Les Cahiers d’André Walter. Ces pages ne devaient pas être très différentes des premières lettres à Madeleine Rondeaux : elles indiquent le romantisme sentimental de ce premier journal. Dans une lettre à sa mère de 1892, Gide fait remonter le début de son journal à l’époque de sa première communion, ce qui en marque l’origine religieuse. Au cours de son voyage en Bretagne sur les traces de Flaubert pendant l’été 1889, il tint un carnet d’où il tira en 1891 les Notes d’un Voyage en Bretagne (Petites études de rythme) : c’est le premier exemple, du moins le plus immédiat, où des notes seront publiées à peu prés directement. Une application littéraire de l’usage du carnet apparaît dans le « Subjectif », ce cahier de lectures que Gide ouvre le 18 octobre 1889. Ainsi les notes qui devaient conduire au Journal ont-elles débuté assez spontanément à la suite de l’intimisme d’Amiel, des prières et méditations religieuses, des effusions sentimentales de l’adolescence, comme une réalisation écrite aisée directement inspire par la vie personnelle. Mais le Journal ne conquiert son authenticité qu’au moment où, libéré des occupations scolaires en Octobre 1889, Gide entreprend de cultiver sa vocation pour la rendre féconde. Des lectures permettent alors de promouvoir cette pratique en méthode.
Le « Subjectif » marque ce départ. Dés ses premières notes, le jeune écrivain y port une attention toute particulière à la condition de l’homme de lettres et au génie, spécialement à propos de Balzac. Les lectures ont fourni presque chaque terme du Journal. Daudet évoque « Un grenier parisien », la passion de la littérature, le rayonnement du génie, les carnets de notes ; Gautier peint le « petit cénacle », Hugo génial, tous « emportes vers un radieux avenir », le bon Gérard notant « une pensée, une phrase, un mot » ; dans Manette Salomon, les Goncourt n’engagent-ils pas à séparer vie sentimental et vie d’artiste ? Balzac enseigne l’ambition et fournit aussi le cadre d’une mansarde, devant Paris, pour le travail de l’étudiant pauvre.
Plus profondément il apporte à Gide l’élément fondamental de son propre génie : l’imagination, dont le fait application à la réalisation de soi. Dans ces premiers paragraphes du Journal, tout n’est qu’envolée vers les lointains. Ce prolongement du réel dans l’imaginaire restera la faculté maitresse du romancier, mais d’abord l’instrument privilégie de l’homme dans son journal.
Dans la plupart de ses œuvres, André Gide a choisi la narration à la première personne. De nombreux narrateurs gidiens racontent leur propre histoire et y jouent le rôle principal. Parmi les formes de narration «auto diégétique », le héros-narrateur (ou l’héroïne-narratrice) de Gide tient souvent un journal intime. Les deux cahiers d’André Walter retracent la solitude de celui-ci. Alissa dans La Porte étroite confie à son journal son angoisse conflictuelle entre l’amour céleste et terrestre. Edouard dans Les Faux-Monnayeurs construit un journal de création tandis que son roman reste inachevé. La liste des diaristes fictifs est longue et la prédilection de Gide pour cette forme narrative ne peut échapper à notre attention.
Comme nous l’avons dit ,un journal intime est un texte rédigé de façon régulière ou intermittente, présentant les actions, les réflexions ou les sentiments de l’auteur [comme André Walter dans Les Cahiers d’André Walter qui est le déclaration amour á Emmanuel, en réalité, le déclaration amour de Gide á Madeleine, a présenté ses réflexions et ses sentiments comme les autres de ses œuvres ]. Ses entrées sont habituellement datées, comme, Les Cahiers d’André Walter, La Porte Étroite, Les Faux-Monnayeurs, La Symphonie Pastorale et L’Ecole des Femmes, qui ont la forme chronologique. Chacune des œuvres de Gide ont réservés sur une période particulière de sa vie. Le journal se caractérise par le fait que le diariste se place en retrait des autres, séparé de la société et même de ses proches, (Les Faux-Monnayeurs est un roman achevée de présenter la société, les personnages divers, la familial, et même le parti de la vie d’écrivain).
Dans le premier chapitre de notre mémoire, nous allons étudier les journaux-fictions dans certaines œuvres d’André Gide. En fait, nous avons choisit cinq œuvres d’André Gide qui est plus célèbres. Il mêle le réel et la fiction dans ses œuvres. Gide pour la constitution de ses récits a utilise ses journaux d’enfance jusqu’à la vieillisse. Il y a deux principaux personnages que nous allons étudier dans les deux chapitres suivants. Dans le deuxième chapitre, les doubles de Gide seront étudiés à travers de nombreux personnages masculins. Ces doubles sont Allain et Walter (l’image et la bête), Boris et Edouard doubles enfantins et adultes, le pasteur un homme banal et Jérôme (victime d’Alissa). Dans le troisième chapitre, nous étudierons des personnages réels et fictifs féminins dans l’œuvre romanesque de Gide. En réalité, la plus important et la plus influent des personnages féminins dans la vie d’André Gide est sa cousine « Madeleine Rondeaux ». Dans son œuvre entière, Gide nous offre de nombreux portraits de Madeleine «  Emmanuèle, Alissa, Amélie, Laura et Rachel Vedel, Pauline Molinier, Eveline ». Celles- ci ne sont pas physiques, car il est incapable de décrire un visage. C’est la personnalité de Madeleine qui émane de son œuvre. Il insiste beaucoup sur sa modestie, sur son effacement et sur le sentiment d’insécurité qu’elle éprouve.
Pour quelles raisons alors Gide a utilisé la forme autofiction dans toutes ses œuvres ? Pourquoi André Gide est-il l’axe principal de ses œuvres ? Est-ce qu’il y a un rapport étroit entre l’écriture et la vie de Gide ? C’est ce que nous allons essayer de montrer dans notre mémoire.

« Chapitre »
I
« Journaux et (ou) Fictions »

André Gide s’est attaché toute sa vie à l’enregistrement de sa propre histoire. Non seulement il nous a laissé un journal gigantesque mais aussi il a fait tenir un journal intime à un grand nombre de ses personnages fictifs: André Walter, Alissa dans La Porte étroite, Pasteur dans La Symphonie pastorale, Edouard dans Les Faux-monnayeurs, Eveline dans L’Ecole des femmes et d’autres encore.
Autrement dit, on peut dire que toutes les œuvres de Gide sont une sorte de roman- journal. Pour notre analyse nous allons choisir celles qui nous ont semblé les plus représentatives.
I-1-Le journal d’adolescence (Les Cahiers d’André Walter)
Premier roman gidien, Gide a donné à vingt ans un singulier petit livre: Les Cahiers d’André Walter qu’il intitulait « œuvre posthume ». C’était le journal d’un adolescent trop sensible, amoureux, qui sombrait dans la folie et dans la mort, à la suite de la disparition de l’âme sœur.
Les Cahiers d’André Walter se présente sous la forme d’un journal où le héros, retiré en Bretagne après que sa mère mourante lui ait demandé de renoncer à épouser sa cousine Emmanuèle, au travers de l’écriture journalière et du projet d’écrire un roman intitulé Allain, met en pratique ce que Sartre a appelé « des techniques d’irréalisation de soi » ; ce livre est aussi l’espace premier où Gide inaugure sa technique de la mise en abyme.
Les Cahiers prennent la forme d’un journal intime divisé en deux sections : le cahier blanc et le cahier noir. D’abord « Le Cahier blanc » où il couche des souvenirs et insère des fragments antérieurs de son journal (1886-1888) ; puis « Le Cahier noir », laboratoire du roman Allain qu’il est en train d’écrire. D’emblée se dégagent de l’univers romanesque du jeune Gide des traits promis à un bel avenir : donner l’impression au lecteur qu’il assiste au chantier d’un livre en cours (un trompe-l’œil génétique) et céder à la tentation paradoxale du roman-journal, le mariage de la carpe et du lapin autrement dit, celui d’un récit qui sait où il va et d’une écriture à l’aveuglette, ignorante de ses lendemains. De ce mariage improbable d’un récit tendu vers sa fin et d’une écriture par essence inachevable, Les Cahiers d’André Walter gardent l’empreinte. Les pages sont la plupart du temps datées sans grande précision (absence du jour, du mois ou de l’année, et confusion chronologique), mêlant souvenirs, sentiments, pensées, commentaires, lectures et citations : « Sorti toutes les pages écrites qui me rappellent l’autrefois. Je les veux toutes relire, les ranger, copier, les revivre. J’en écrirai de nouvelles sur des souvenirs anciens.»1Placé au début des Cahiers, cet extrait résume le ton, le contenu et la forme de l’œuvre, sorte de palimpseste de la mémoire et de réécriture de soi-même, un peu dans l’esprit de la Vita Nova de Dante. Gide formule explicitement, peu avant de s’atteler à l’écriture du récit, ce qui en fera la spécificité : « Dire, pour André Walter, l’absence de conclusion qui déroute.»2
Gide prête à son double la « manie écrivant »3 qui est la sienne. C’est ainsi que se met en place un dispositif spéculaire vertigineux : le jeune Gide fait de son personnage un diariste, tient lui-même son journal au moment de la genèse des Cahiers d’André Walter et insère dans le journal fictif des fragments de son propre journal tenu entre août 1888 et
1. Gide, Les Cahiers d’André Walter (CAW), Œuvres complètes, vol. 1, Paris, NRF, 1932 p. 30.
2. André Gide, Journal 1887-1925, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1996, p. 119 (8 mai 1890).
3. Expression chère aux deux diaristes Valery Larbaud et Paul Léautaud.
juillet 1890 (plus d’une vingtaine de fragments parfois relativement amples). Quand Gide s’apprête à se mettre au travail, la résolution s’inscrit dans le journal, plus ferme d’avoir été écrite : « Il faut faire Allain. Examen d’André Walter. (Commencer dès à présent à rassembler des notes.) […] Il faut travailler avec acharnement, d’un coup, et sans que rien vous distraie.»1Seules quelques entrées dispersées et brèves s’inscriront les semaines suivantes dans le journal jusqu’à la publication du roman en décembre. À compter de mai 1890, Gide tient un cahier préparatoire aux Cahiers d’André Walter où il couche à la fois des réflexions sur son livre à venir et des réflexions prêtées à son personnage, Allain. Dans une intéressante note régie, il observe : « Il faut reproduire mon premier morceau, le tout premier du Cahier gris, mais sans les longueurs, il faut peiner le style, châtier indéfiniment la forme.»2 L’on remarque le curieux usage en ce sens de la construction transitive du verbe « peiner », et l’on ne peut s’empêcher de rapprocher cette note de l’analyse postérieure faite par Roland Barthes dans « Délibération », interrogation sceptique sur le journal personnel, partagée entre fascination et dévaluation d’une écriture jugée « inessentielle », « non nécessaire » et « inauthentique ». Néanmoins Barthes s’arrange pour proposer, in extremis, une rédemption paradoxale au journal : « il faudrait sans doute conclure que je puis sauver le Journal à la seule condition de le travailler à mort, jusqu’au bout de l’extrême fatigue, comme un Texte à peu près impossible.»3
1. André Gide, Journal 1887-1925, op. cit. , p. 119 (8 mai 1890).
2. André Gide, Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, t. I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2009, p. 140. Le « Cahier gris » désigne le cahier où Gide a tenu son journal d’octobre 1887 à octobre 1889.
3. Roland Barthes, « Délibération », Le Bruissement de la langue, Paris, Éditions du Seuil, 1984, p. 399-413.
« Peiner le style, châtier indéfiniment la forme » et « travailler [le journal] à mort » se font écho comme si le diariste portait la culpabilité d’une écriture qui puiserait à la vie et qui ferait l’impasse de la forme enfantée dans la peine… Gide saura néanmoins faire taire ce scrupule – aux résonances judéo-chrétiennes – et l’on observera que la plupart des fragments de son propre journal insérés dans Les Cahiers d’André Walter le sont presque sans modification. Pièce génétique essentielle du laboratoire de la fiction, le journal authentique ne saurait néanmoins être considérée comme un brouillon si l’on suit la démonstration d’Éric Marty et son analyse quasiment phénoménologique de la genèse des Cahiers d’André Walter :
« Que signifient, en effet, ces insertions extrêmement nombreuses, ces recopiages littéraux du Journal « réel » dans le journal fictif ? Ils correspondent, en accord avec le désir de produire une autobiographie de fiction, au vœu de répéter l’expérience antérieure sous une forme romanesque. Il y a échec, car l’expérience du possible au sein du monde de la fiction ne peut être une expérience vive et immédiate, comme l’est celle du présent dans le Journal. Au travers du recopiage, l’expérience du Journal perd son authenticité – la présence toujours vive de son geste d’origine –, sans pour autant acquérir une valeur de fiction : le texte devient alors obsolète à lui-même, d’autant plus mal inséré qu’il est recopié. Il y a une articulation fondamentale entre les deux projets qui induisent deux positions de conscience saisies au sein de pratiques d’écritures antagonistes : l’une ne peut être le brouillon de l’autre, et la seconde une variation subjective de la première. […] De sorte qu’entre le Journal tenu par Gide entre 1888 et 1890 et Les Cahiers d’André Walter, nous avons affaire à une genèse inachevée, et inaccomplie dans son intégralité : « il y a plutôt ce que l’on appellerait une hybridation monstrueuse, fixation d’une chimère dont les morceaux ne peuvent se convenir »1. « On assiste dans cet écrit à la dissolution du récit au sens traditionnel ou aristotélicien du terme, comme intrigue ou agencement de faits en histoire.»2 Si quelques événements ponctuent le texte, ils ne constituent pas l’essentiel de l’œuvre, qui demeure pour ainsi dire à l’état d’ébauche et inachevée. Dans le cahier blanc où il couche des souvenirs et insère des fragments antérieurs de son journal (1886-1888), il y a le décès de la mère de Walter, l’amour de celui-ci pour sa cousine Emmanuèle et le mariage de celle-ci avec un certain personnage anonyme(le journal intime) ; dans le cahier noir, laboratoire du roman Allain qu’il est en train d’écrire, toujours cet amour interdit, puis la mort subite d’Emmanuèle, suivie de celle de Walter, rapportée par un éditeur fictif(le journal fictif). « Tous ces faits, cependant, sont secondaires en comparaison de l’aspect affectif et lyrique de l’œuvre.»3
Ce qui doit nous occuper davantage est la portée autobiographique de cette fiction. En effet, Gide fut lui-même amoureux de sa cousine, Madeleine Rondeau, sa future femme (1895) ; plus encore, « il convient d’ajouter, dit Delay, que sur un très petit nombre d’exemplaires de luxe, et sur le sien en particulier, le nom de l’héroïne était Madeleine, et non,
1. Éric Marty, « Gide et sa première fiction », dans L’Auteur et le manuscrit, dira. Michel Contat, Paris, Presses universitaires de France, 1991, p. 186.
2-Aristote, Poétique, 6, 1450 à 3 et 7, 1450 b 25.
3-Pour l’aspect lyrique de cette œuvre et le rapport à la mise en abyme comme « introspection », voir l’article de Walter Geert, « La réflexion dans « Les Cahiers d’André Walter » : notes pour une description de la « mise en abyme » », dans La Revue des Lettres Modernes, Paris, vol. 547-553, 1979, p. 33. Après avoir relevé les éléments littéraires qui sous-tendent la psychologie d’André Walter/André Gide (« allitération, assonance, refrain, écho, retentissement, vibration, onde, souvenir, redite, harmonie, rythme, rime, transposition, résonner, se répondre »), Geert conclut : « Les Cahiers offrent cependant une évidence suffisante pour nous inciter à la méfiance devant une explication unique de la notion [celle de la mise en abyme], lui imposant les limites du « roman dans le roman ». Sans avoir traité de la présence – tronquée -d’Allain, autrement que par ses préparatifs, nous avons vu les Cahiers pratiquer l’introspection sur plusieurs niveaux. »
comme dans l’édition ordinaire, Emmanuèle.» 1
De plus, on sait que la mère de Gide percevait d’un mauvais œil cette relation ; ainsi trouvons-nous l’écho d’un reproche dans les paroles de la mère de Walter sur son lit de mort : «Votre affection est fraternelle […]. Bien qu’elle soit ma nièce, ne me fais pas regretter de l’avoir comme adoptée depuis qu’elle est orpheline.»2
On sait que Gide déclare avoir tenu son journal intime à l’exemple d’Amiel dés sa quinzième année et en avoir versé maintes pages telles quelles dans Les Cahiers d’André Walter. Ces pages ne devaient pas être très différentes des premières lettres à Madeleine Rondeaux : elles indiquent le romantisme sentimental de ce premier journal. Dans une lettre à sa mère de 1892, Gide fait remonter le début de son journal à l’époque de sa première communion, ce qui en marque l’origine religieuse. Au cours de son voyage en Bretagne sur les traces de Flaubert pendant l’été 1889, il tint un carnet d’où il tira en 1891 Les Notes d’un Voyage en Bretagne (Petites études de rythme) : c’est le premier exemple, du moins le plus immédiat, où des notes seront publiées à peu prés directement. Une application littéraire de l’usage du carnet apparaît dans le « Subjectif », ce cahier de lectures que Gide ouvre le 18 octobre 1889.
Ainsi les notes qui devaient conduire au Journal ont-elles débuté assez spontanément à la suite de l’intimisme d’Amiel, de prières et méditations religieuses, des effusions sentimentales de l’adolescence, comme une réalisation écrite aisée directement inspirée par la vie personnelle.
1. Jean Delay, La jeunesse d’André Gide, tome 1, Paris, Gallimard, 1956, p. 479.
2. Ibid. p. 29.
C’est un livre qui devait être la « somme » de son existence personnelle, Gide disposait de toute l’expérience sentimentale et religieuse de son adolescence.
Il lui fallait encore incorporer son expérience présente, en particulier celle de l’auteur aux prises avec l’œuvre : c’est elle qu’il se donne par le journal, en y poussant l’adaptation consciente aussi loin que le permet la réflexion sur la vie, face à soi-même, aux projets. En cette première série de notes qui conduite à la rédaction de son premier roman, Gide se joue le personnage du futur auteur ; de ce dernier, il adopte les attitudes, inférées d’après l’exemple de ses lectures et de ses amis ; il fait les gestes qui engagent ; il s’identifie à un personnage littéraire.
Dans ses Cahiers, Gide met en scène de manière plus ou moins transfigurée sa mère, sa cousine et lui-même. Un jeune homme de vingt ans, André Walter, s´est retiré en Bretagne après que sa mère, sur son lit de mort, lui eu fait renoncer à se marier avec sa cousine Emmanuèle, laquelle a consenti à en épouser un autre.
« Il serait bon que tu quittes Emmanuèle… Votre affection est fraternelle, – ne vous y trompez pas… Emmanuèle a déjà bien souffert : je voudrais tant qu´elle puisse être heureuse. L´aimes-tu assez pour préférer son bonheur au tien ? Ai-je trop compté sur toi, mon enfant, – ou pourrai-je mourir tranquille ? – Oui, mère » (Les Cahiers d´André Walter : 39),
répond le fils soumis. Le destin d´André est joué et le sacrifice consommé.
Dans les Cahiers, le protagoniste du « roman » tient son journal d´avril à novembre 1889, jusqu´à ce que la folie puis la mort ne l´emportent. L´ouvrage est constitué de deux cahiers et se présente comme posthume. Le message que les Cahiers délivrent à la famille de Gide est clair ; celui-ci deviendra fou s´il ne peut épouser Madeleine. Et quant au message externe, il est également d´une grande clarté : il s´agit d´un plaidoyer exalté en faveur de la pureté, contre les monstrueuses revendications de la chair. Les Cahiers d´André Walter sont l´histoire d´un combat entre la possession physique et la possession spirituelle qui s´achève certes par la folie et la mort, mais aussi par la victoire du rêve et de l´absolu sur la réalité.
Puis, au lieu de séparer la poésie de la vie, de répandre l´idéal sur le papier, et de vivre la vie humaine, j´ai tellement mêlé les deux qu´elles ne se sont plus distinguées. J´ai voulu être mon idéal, j´ai voulu vivre mon rêve, et c´était une folie, et je le savais, mais cette folie me gonflait d´enthousiasme, me soulevait de terre. Le reste m´écœurait misérablement (Les Cahiers d´André Walter : 56).
D’autres parallèles entre le réel et la fiction s’ajoutent à ces faits. Nous n’y insistons pas, l’essentiel n’étant pas le détail mais l’atmosphère toute personnelle dans laquelle baignent Les Cahiers.

I-2- Le journal avec la date fictive (La Symphonie Pastorale)
La Symphonie Pastorale est un court « récit » comme La Porte Etroite et Isabelle. C’est un roman-journal, écrit par un pasteur. Cette œuvre n’est pas seulement un drame religieux, mais aussi le drame conjugal de la vie personnelle de Gide avec la date fictive. En juin 1918, le départ de Gide pour Angleterre en compagnie de Marc apporte une rupture totale à sa vie conjugale. Madeleine, sa femme, en brûlant les lettres de leur jeunesse où s’inscrivait le meilleur de lui-même, le libère malgré lui. C’est au milieu de cette crise conjugale et de son aventure amoureuse avec Marc, dans cette confrontation de la vie et de l’œuvre, que Gide achève son récit, Amélie qui incarne la morale traditionnelle reflète le personnage de Madeleine et la passion interdit d’André pour Marc, colore de ses reflets la passion de pasteur pour Gertrude. « Gide montre dans ce sens propos de libère le couple et le Mariage. »1 En vérité, c’est le journal de voyage au Angleterre. Le journal du Pasteur se compose de deux cahiers ; le premier cahier commence au « 10 Février 189. » et se termine au « 12 Mars », le deuxième cahier couvre du « 25 Avril » au « 30 Mai » de la même année. Le Pasteur, narrateur-diariste de la Symphonie, y inscrit le souvenir de Gertrude, une jeune aveugle qu’il a prise en charge, la réflexion religieuse, la critique vis-à-vis de sa femme et son fils. Le journal est une forme appropriée pour s’exprimer librement sans souci des jugements extérieurs. Maurice Blanchot pourtant souligne une contrainte du journal :
« Le journal intime qui paraît si dégagé des formes, si docile aux
1. Léon pierre, Quint, André Gide, Stock. P.180.
mouvements de la vie et capable de toutes les libertés, puisque pensées, rêves, fictions, commentaires de soi-même, événements importants, insignifiants, tout y convient, dans l’ordre et le désordre qu’on veut, est soumis à une clause d’apparence légère, mais redoutable : il doit respecter le calendrier. C’est là le pacte qu’il signe. »1
En écrivant le journal, on commence généralement par noter la date. Cette habitude atteste la puissance du calendrier dans le journal réel. La clause est redoutable parce qu’un écrit où l’on ne respecte pas le calendrier n’est plus un journal. Dans le journal, on n’est jamais libéré du calendrier. Dans le roman-journal aussi, la date est l’un des éléments importants qui le distinguent des autres formes du récit à la première personne et surtout assurent la vraisemblance. Avec la date qui témoigne le fait de la rédaction, le texte est présenté comme authentique. La date dans le journal fictif cependant n’appartient pas au calendrier réel. Le roman journal est une œuvre littéraire écrite par un romancier qui crée un personnage-diariste et qui fixe la date. La date a une prédominance dans le vrai journal mais cède au choix de l’auteur du roman-journal. La Symphonie pastorale est un exemple révélateur où Gide transgresse la « clause ».
Certes, si l’on ne regarde que les dates dans la Symphonie, le journal du Pasteur observe en apparence la « clause », mais la lecture attentive révèle le désaccord entre la date et le contenu. Si la date ne fonctionne plus comme indice d’authenticité, quels autres effets que la vraisemblance Gide a-t-il visés aux dépens de la cohérence d’une œuvre?
1. Maurice Blanchot, “Le journal intime et le récit” in Le Livre à venir, Paris, Gallimard, 1959, coll. « folio », p.252.
Dans le premier Cahier, le Pasteur retenu par la neige ouvre son cahier pour enregistrer le processus du progrès intellectuel de Gertrude. Il commence par relater le passé, deux ans et demi auparavant, la nuit où il a trouvé une jeune aveugle qui était alors prisonnière dans les ténèbres physiques et spirituelles. Son journal commence ainsi:
10 Février 189…
« La neige, qui n’a pas cessé de tomber depuis trois jours, bloque les routes. Je n’ai pu me rendre à R … où j’ai coutume depuis quinze ans de célébrer le culte deux fois par mois. Ce matin trente fidèles seulement se sont rassemblés dans la chapelle de La Brévine. »
« Je profiterai des loisirs que me vaut cette claustration forcée, pour revenir en arrière et raconter comment je fus amené à m’occuper de Gertrude.»1 (p.4)
Le Pasteur projette d’écrire dans son cahier« tout ce qui concerne la formation et le développement de cette âme pieuse [=de Gertrude] (p.4) », et toutefois il ne tient pas très régulièrement son journal. Les dates de rédaction dans le premier cahier s’échelonnent à quelques jours d’intervalle comme le 10, le 27, le 28, le 29 février, le 8, le 10, le 12 mars.
Après la relation du premier jour, ce n’est que le 27 Février, environ quinze jours plus tard, que le Pasteur rouvre son cahier et continue son récit.



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